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Société Calédonienne d'Ornithologie


Protégeons ensemble les oiseaux de Nouvelle-Calédonie et leurs habitats

 

 

 

Synthèse des opérations SOS Pétrels de 2007 et 2008

(Version PDF)

 

 

 

 

 

I-                    Historique :

 

La pollution lumineuse est la cause identifiée dans de nombreux échouages d’oiseaux marins, notamment de pétrels et puffins en Nouvelle Calédonie.

 

Ce problème d’échouage fut fréquemment documenté au cours des années 1990, notamment sur l’île de la Réunion et sur Hawaii. Les oiseaux, en majorité des jeunes désorientés aux périodes d’envol massifs, sont incapables de redécoller par eux mêmes, et meurent de faim, de déshydratation, tués par des prédateurs ou écrasés par des véhicules.

 

A la Réunion, la mise en œuvre d’une opération de sauvetage a permis de sauver des milliers d’oiseaux et par conséquent, de préserver de la disparition certaines populations d’espèces de pétrels endémiques à cette île.

 

Chaque année, la Société Calédonienne d’Ornithologie (SCO) est sollicitée à des degrés divers pour des échouages de pétrels et puffins. Devant la fragilité des espèces considérées, la SCO a décidé de lancer en 2007, une première opération « SOS Pétrels » qui servirait de test, permettant de sauver les oiseaux échoués et de mieux connaître l’impact réel des pollutions lumineuses sur la conservation des pétrels. En effet, plusieurs espèces sont représentées sur l’île par des sous-espèces endémiques, et sont listées comme menacées par l’Union mondiale pour la nature (UICN).

 

 

Trois espèces sont principalement concernées :

 

·         Pétrel de Gould, Pterodroma leucoptera caledonica – Sous-espèce endémique classée Vulnérable sur la liste rouge de l’UICN (VU)

 

·         Pétrel de Tahiti, Pseudobulweria rostrata trouessartiSous-espèce endémique classée quasi menacée d’extinction (NT)

 

·         Puffin du Pacifique ou Puffin fouquet, Puffinus pacificus chlororynchus 25% de la population mondiale en Nouvelle Calédonie


 

II-                Bilan de l’opération en 2007

 

Avec un faible effort de communication sur l’opération (absence de budget spécifique et de moyens humains), 29 oiseaux ont été récupérés sur l’ensemble du territoire en 2007 :

 

Le devenir des oiseaux recueillis en 2007 :

 

-Euthanasie ou morts = 31%

 

-Survie incertaine = 14%

 

-Relâchés = 55%

 

 

 

Figure 1 : Bilan des découvertes pour l’année 2007 (n= 29)

 

 

Le Pétrel de Gould est l’espèce majoritairement signalée par les échouages avec 10 individus. Cette espèce représente ainsi 34 % des découvertes en 2007. Le Pétrel de Tahiti représente 31% des découvertes avec 6 individus enregistrés. Ces deux espèces, inscrites sur les listes rouges des espèces menacées UICN, figurent parmi les espèces les plus vulnérables de l’avifaune calédonienne.

 

III-             Bilan de l’opération en 2008 

 

L’opération SOS Pétrels 2008, qui a donné lieu à un effort de sensibilisation accru par rapport à 2007, nous a permis de mieux estimer l’importance du phénomène des échouages pour l’ensemble du territoire :

 

Le devenir des oiseaux recueillis en 2008 :

 

-Euthanasiés ou morts : 16%

 

-Survie incertaine : 14%

 

-Relâchés : 70%

 

 

Figure 2 : Bilan des découvertes pour l’année 2008 (n=164)

 

Le Puffin du Pacifique est l’espèce majoritairement touchée par les échouages en 2008 avec 143 individus recueillis soit prés de 87% de l’effectif total. Un pic des échouages a été enregistré en mai. Les découvertes de Puffin échoués ont majoritairement été réalisées dans le Grand Nouméa.

 

 

IV-             Evolution, localisation des sites d’échouages

 

·      Sites et phénologie des échouages :

 

Communes

%

Boulouparis

0,5

Dumbéa

1,6

Hienghène

0,5

Koné

3,7

Koumac

1,1

Mont Dore (Site Goro inclus)

25,2

Nouméa

54,2

Païta

8,9

Poindimié

1,1

Pouembout

1,6

Sarraméa

1,1

Tontouta

0,5

Indéterminé

2,1

Total

 

 

 

Figure 3 : Bilan des échouages par commune

Figure 4 : Phénologie des échouages par quinzaine pour les années 2007 et 2008

 

 

V-                Bilan et perspectives

 

· Les échouages ont principalement été enregistrés entre janvier et juin, cette période correspond, d’après les connaissances dont nous disposons, à la fin de la reproduction et aux périodes d’envol des jeunes.

 

· Le pic du moi de mai correspond à la période d’envol des jeunes puffins du Pacifique

 

· A la Réunion, le nombre d’oiseaux signalés par an est passé de 0 à plus de 2000 en 10 ans de suivi et d’actions de sensibilisation ! Le nombre d’oiseaux retrouvés en Nouvelle-Calédonie est sans aucun doute une sous-estimation des effectifs réellement impactés par les pollutions d’origine lumineuse. De nombreux oiseaux échoués passent sans doute inaperçus et périssent sans même avoir été retrouvés.

 

· Ces oiseaux sauvages résistent mal à la captivité (augmentation du stress, déshydratation…), en l’absence de connaissances et de moyens logistiques adaptés (pas de centre de soin pour la faune sauvage), nous ne pouvons assurer le maintien en captivité des oiseaux recueillis. Plus la durée de captivité et d’attente de ces oiseaux augmente, plus le risque de mortalité augmente. Dans ces circonstances, il est impératif d’agir vite pour maximiser les chances de survie des oiseaux

 

Les pollutions lumineuses :

 

Elles sont une menace supplémentaire pour ces espèces par ailleurs gravement touchées par les prédateurs introduits sur leurs colonies de reproduction et potentiellement par les changements globaux sur leurs zones de nourrissage océaniques. Il apparaît ici difficile d’identifier avec certitude la nature des luminaires incriminés dans les échouages de pétrels. Une étude plus approfondie et un travail de sensibilisation de la population permettraient de mieux appréhender les sources lumineuses les plus néfastes aux pétrels.

 

En parallèle de la poursuite de l’opération de sauvetage, notre association souhaite voir s’engager une réflexion globale sur les moyens de réduction des pollutions d’origine lumineuse.

Dans le contexte actuel où certaines régions de Nouvelle-Calédonie sont en cours d’artificialisation (urbanisation du Grand Nouméa, de la zone VKP, développement de complexes miniers….), la mise en œuvre de mesures préventives pour limiter l’impact des pollutions lumineuses sur notre environnement doit être envisagé avant qu’il ne soit trop tard, notamment pour les populations de Pétrel de Gould dont la pérennité apparaît plus qu’incertaine.

 

 

VI-             Les divers intérêts de l’opération :

 

Humain : éco- citoyenneté et sensibilisation à la protection du patrimoine naturel néo-calédonien.

 

Ecologique : la Nouvelle-Calédonie est un territoire exceptionnel pour la biodiversité et a une responsabilité au niveau international dans la préservation de ses espèces endémiques. L’opération permet le sauvetage de dizaines de pétrels chaque année. Les effectifs recueillis seront potentiellement en augmentation dans les années à venir. Sans ces actions certaines espèces de pétrels risquent de disparaître de l’île.

 

Scientifique : la conservation du patrimoine naturel passe avant tout par des connaissances scientifiques solides. L’expérience de l’île de la Réunion en matière de préservation des pétrels nous montre bien l’importance des opérations de sauvetage telle que la nôtre, notamment en terme d’évaluation des populations et de proposition de mesures de sauvegarde de ces espèces.

 

 

Avenir de ces campagnes de sauvetage ?

 

Ces opérations de sauvetage, d’intérêt collectif, ne pourront être poursuivies durablement sans un soutien financier accru et sans moyens humains dédiés à la coordination, moyens qui ne sont encore pas disponibles au sein de la SCO. La mobilisation d’un réseau de collecteurs bénévoles à travers l’île sera également essentielle, pour une réactivité maximale lors des échouages